" Femme de cœur et d'action, Sœur Emmanuelle a voué sa vie au service des enfants et des familles vivant dans le plus total dénuement.
Avant de prendre le nom de Sœur Emmanuelle, la jeune Madeleine Cinquin mène une enfance paisible à Bruxelles lorsqu'elle se retrouve terriblement affectée par la mort de son père. Dès lors, elle rentre au couvent dans le but de s'occuper de l'enfance malheureuse. Esprit vif et brillant, Sœur Emmanuelle devient professeur de lettres et de philosophie en Egypte, en Turquie et en Tunisie. Mais à l'heure de sa retraite d'enseignante, elle décide de se consacrer entièrement aux pauvres et s'établit au Caire avec les chiffonniers d'un bidonville, au milieu des ordures, des rats, de la maladie et de la misère quotidienne. Imperturbable, elle œuvre sans répit, un seul sentiment au cœur : la joie de venir en aide aux plus pauvres des pauvres. Et là où la misère semblait avoir définitivement ravagé la terre et les hommes, elle va réussir à défier l'impossible en faisant construire des écoles, des maisons et des dispensaires, bientôt soutenue par des dons venus du monde entier. Sœur Emmanuelle subjugue. Dans son uniforme austère et ses vieux tennis usés par les montagnes d'ordures, derrière ses rides forgées par un franc sourire, se dégage le charme et la jovialité naturelle d'une femme dotée d'une présence et d'une énergie incroyables. Comme si la seule apparence vestimentaire de cette femme lumineuse nous faisait déjà comprendre que l'amour et la joie d'aimer peuvent fleurir sur des montagnes de misère. Non, rien n'arrête Sœur Emmanuelle qui décide bientôt, à l'âge de 74 ans, de « repartir à zéro » et de partager d'autres tragédies humaines en Egypte, au Liban, au Soudan, aux Philippines… Entre temps, elle fonde une association, "les amis de sœur Emmanuelle" qui deviendra en 2005 "Asmae-Association Soeur Emmanuelle" aidant aujourd'hui plus de 60 000 enfants de par le monde.
En 1993, après quelques trente années au service de ses compagnons de misère, Sœur Emmanuelle rentre en France à la demande de ses supérieures. « Choc terrible », dira-t-elle, brutalement plongée dans « la morosité qui court de demeure en demeure » pendant que « la joie chante là où l'on vit sans eau, sans électricité, sans loisirs, mais dans la fraternité », là où « la relation d'amour et d'amitié » est « le substrat de la vie quotidienne ». Pourtant, rien ne tarit la source de joie qui coule dans les veines de Sœur Emmanuelle laquelle s'occupe alors des SDF en France et écrit trois ouvrages en deux ans : "Le Paradis c'est les Autres", "Jésus tel que je le connais" et "Yalla : En avant les Jeunes". Son aisance naturelle, sa foi inébranlable et ce fameux franc-parler avec lequel elle a notamment demandé à l'Eglise de vendre ses richesses, dérangent autant qu'ils captivent. « Si tu veux vivre, tu dois aimer ! » dit-elle avec une simplicité déconcertante. Car dans le domaine du savoir-vivre, sœur Emmanuelle est à même de nous parler de la vraie vie : « ce va-et-vient de mains qui se tendent, qui se serrent, qui s'agrippent, cet échange de regards, de paroles, de sourires, d'appels, de cris, qui créent entre les hommes des liens d'une solidité incomparable... »
Aujourd'hui encore, à l'âge de 93 ans, Sœur Emmanuelle déborde d'une énergie d'amour extraordinaire. Son mot d'ordre : « En avant ! ». Appel irrésistible d'une âme qui n'a pas l'intention de cesser d'aimer."
Pascale
|